Le Square des Poètes -
Chaque mois nous vous proposons un poème que vous ne connaissez pas... (c'est un pari sans doute, qui exclue naturellement la production inédite de nos consœurs et confrères, comme celle de nous-mêmes).
 
Le poème de novembre 2008 :
 
 
Jeu second
 
                                                                     par Ion BARBU
(Jeu second, 1930)
 
De l'heure, déduit l'abîme de cette calme creste,
Entrée par le miroir en racheté azur,
Taillant dans la noyade des troupeaux agrestes,
Sur les groupes de l'eau, un jeu second, plus pur.
 
Nadir latent ! Le poète lève la somme
D'harpes éparpillées qu'en vol inverse l'on perd
Et chant épuise : caché, comme seule la mer,
Méduses quand elle promène au-dessous des beffrois verts.
 
                                           
                                             Traduction du roumain par Ara Alexandre SHISHMANIAN
 
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Le poème de décembre 2008 :
 
Sine glossa
 
                                                                     par Constantin de CHARDONNET (Le Livre, 2004)
 
la dernière envie le dernier soupir
myrte et genêt sur un plateau
nébuleuses insoupçonnées sur l'autre
pour affiner l'équilibre...
 
le noble écrit l'écrit secret celui
qui ne cesse de partir alors qu'il
n'a guère éclos parmi les siens les
convalescents de l'illusion !
 
la mort ? on ne vit qu'avec ! c'est
une camarade intense
une belle amie de tout repos
une respiration non pareille
 
pour que soit dévidée cette histoire
j'attends que le vent du nord
ait rajeuni ma tombe
et vieilli mon livre
 
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Le poème de janvier 2009 :
 
 
Aux premières heures du matin
 
                                                                     par Mariana MARIN
(Les Ateliers, 1991)
Ils leur avaient donné assez de pouvoir
pour leur faire comprendre qu'ils n'en auraient jamais
(mais cela beaucoup plus tard).
Ils les avaient achetés au rabais :
des cohortes de ronces autour du cou
et le chemin parsemé de riz.
Au retour
(mais cela aussi beaucoup plus tard)
certains avaient les yeux crevés
et d'autres portaient des boulets aux pieds.
 
"Le monde que nous répétons en bredouillant"
"Le monde que nous répétons..."
 
Ils leur avaient donné assez de corde
pour leur faire souhaiter un vrai gibet.
Le matin,
aux premières heures du matin.
 
 
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Le poème de février 2009 :
 
Le carreau de cinq lieues (extrait)
par Frédéric PARCHEMINIER (1992)
ainsi soit
ma première
et unique
maison
surgie
sous le crâne
décollée
de son
arbre
dans le cerveau
entre les
synapses limpides
et fines
comme le tilleul
dans la lumière
la pensée
blanche
sans substance
est
ouverte à jamais
la seule
blessure
 
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Le poème de mars 2009 :
 
Corps
 par Ana BLANDIANA 
(Quinze poètes roumains, 1990)
juste une auréole
autour du mot
une auréole certes palpable
et même voluptueuse
mais non moins inconsistante
pour autant
non moins passagère
une auréole qu'on peut fouetter
affamer violer assassiner
ou qui peut tout simplement mourir
en s'éteignant d'elle-même
après avoir fait son devoir
après avoir éclairé comme un signe
comme une flamme au-dessus du trésor
 
 
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Le poème d'avril 2009 :
 
Le retour d'Emmanuel
par Virgil MAZILESCU
(Quinze poètes roumains, 1990)
 
l'étranger disait les paroles qui savent marcher racontait des paysages brouillés par les larmes. il disait le châle flottant sur un gouffre ressemble parfois à un jeu abandonné à la nuit tombante à une très humble maladie
 
mais regardez ô regardez : sa chemise est d'argent, et allongé à ses côtés le soleil se souvient avec humilité. réjouissez-vous amis emmanuel est de retour
 
 
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Le poème de mai 2009 :
 
Absence
 par Ara Alexandre SHISHMANIAN
(Absente I, 2009)
 
 
  allume le mur avec tant d’obscurité et approche ta lampe de tes lèvres comme un ailleurs collé à ce qui l’atteint – tout proche • le noir dort dans le noir ainsi qu’une barque glissant sur une noyade lisse • obscure huile qui m’a laissé seul sur le sommet de la patinoire d'où je tombe • je me complète avec encore un pas comme si je m’ajoutais une chute de plus • et peut-être autant de pinces pour tous ces draps qui me séparent du cauchemar • comme si j’écoutais avec un tympan collé toujours à d’autres lèvres • le chuchotement du néant • la nuit me promène parmi toutes mes somnolences comme dans un musée des cailloux d’ombre • tous mes pores s’accrochent au noir tels des bouches traversées d’une brise de parole • je porte au front une perceuse comme une obsession en quête • nulle part – bizarre mode de t’entêter dans le partout • feuille flottant sur sa propre fragilité improbable
 
 
 Traduction du roumain par Dana SHISHMANIAN
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